"La Machine" de Katia Lanero Zamora

À vingt ans, j’ai découvert « Hommage à la Catalogne » de George Orwel qui a inspiré le film « Land and freedom » de Ken Loach. Mon intérêt pour l’histoire de la guerre civile espagnole a coïncidé avec un tournant majeur de mon engagement. Comment aurais-je agi si j’avais eu vingt ans en 1936 ? Mes idéaux ne pouvaient rester des mots mais devaient se matérialiser en actes. Heureusement pour moi, c’est plus simple et moins dangereux aujourd’hui : il n’y a plus de coup d’état militaire à combattre et il ne s’agit pas de prendre les armes. Protéger la terre et transmettre des histoires inspirantes, cela reste efficace en temps de paix.

Voilà exactement les enjeux dont traite « La Machine », le nouveau roman de Katia Lanero Zamora. Deux frères sont confrontés à la question de l’engagement dans un pays imaginaire qui a les mêmes références, les mêmes odeurs et surtout les mêmes défis que l’Espagne républicaine face à l’insurrection franquiste. Andrès et Vian ont eux aussi vingt ans, des amis et des idées à défendre, des injustices qui les rongent et des espoirs qui les portent. Ils sont écartelés entre deux classes sociales, tiraillés par des caractères différents et bousculés par un père qui compte bien leur imposer ses traditions, ses décisions et sa manière bourrue de faire. Dès les premières pages, les rouages de « la Machine » se mettent en place et rien ne les arrêtera plus.

J’ai adoré le premier tome de « La Machine » et j’attends le suivant avec impatience. Le propos m’a paru plus actuel que jamais. Et la manière qu’a l’autrice d’en faire une allégorie, en plaçant son récit dans un décor et une temporalité imaginaire, fonctionne magnifiquement et transforme ses enjeux en questions universelles : comment construit-on ses idéaux, ses fidélités ? Comment rend-on le monde meilleur sur les fondations bancales de celui qui nous a vu naître ? Andrès et Vian sont tout à la fois confrontés à leur père et à une société qui se déchire. Les deux frères n’en sortiront pas indemnes et leurs chemins vont bifurquer. Comment pourront-ils se retrouver ?

La force de « La Machine », ce sont ses personnages, tous plus attachants les uns que les autres, et tous sans exception plongés dans l’engrenage inexorable d’une société qui bascule dans la révolte et la confrontation. C’est là le tour de force magnifique de Katia Lanero Zamora, raconter aussi bien l’intime que les luttes collectives, convoquer l’imaginaire et les leçons de l’histoire, créer une saga addictive tout en donnant envie de s’engager à son tour. « La Machine » est une héritière moderne de « Hommage à la Catalogne » et de « Land and freedom », un récit questionnant, impliquant et inspirant. De la fiction intelligente qui divertit sans faire diversion, qui interroge sans donner de leçons. « Une machine » à penser et rêver. Une révolution par l’imagination !

 

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